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Léo Latil, l'oublié de la vallée des larmes


« C'est ici la vallée de mes larmes » (La Tourterelle, Poème XIV) « Ne m'oubliez pas dans ma vallée de larmes » (Poème XV)

Léo Latil, Poèmes, 1917


Couverture des Poèmes de Léo Latil, publiés hors commerce en 1917 par Darius Milhaud lorsqu'il était au Brésil.


L’un des innombrables soldats martyrs de la Première Guerre mondiale, Léopold "Léo" Latil (1890-1915) fut aussi écrivain, et poète. Mort à seulement vingt-cinq ans, il eut pourtant le temps de laisser derrière lui quelques preuves d’un talent qui ne demanderait qu’à être sorti de l’ombre et redécouvert. On en jugera en consultant ses écrits en version numérisée — il est impossible, aujourd’hui, de dénicher les éditions originales. Après la mort de Latil, cent exemplaires des poèmes furent tirés, hors commerce, par son ami Darius Milhaud. Il semblerait en outre que d’autres manuscrits aient été tristement égarés —. Sur le site de la BNF, on découvrira donc les très doux Poèmes (1917), ainsi que les Lettres d’un soldat (publiées en 1916, rééditées en 1918), sa correspondance, accompagnées de quelques lettres de ses camarades de combat. Se dessine entre ces lignes l’esquisse d’un tempérament particulièrement fier, pieux, sensible, d’une belle noblesse. L’horreur des tranchées n’a jamais altéré la tendresse des mots du poète ; on le verra, ceux que Léo écrivit sous la menace des obus sont aussi délicats que s’ils avaient été rédigés dans le cocon natal d’Aix-en-Provence. Admirable, le mot n'est pas trop fort, fut celui qui aurait pu s’éviter une mort brutale, mais qui a cent fois préféré l’honneur du sacrifice pour son pays à la chaleur tranquille d’un foyer ; car c’est bien « en holocauste » que Léo Latil s’offrit, pour reprendre les mots de Fernand Demeure, journaliste qui lui consacra une belle notice dans l’Anthologie des Écrivains morts à la Guerre (Tome deuxième, 1924). Énième figure de la Guerre dont le Temps a balayé les décombres, connu et apprécié de Maurice Barrès, de Darius Milhaud, de Francis Jammes ou encore de Paul Claudel et de Gide, le tristement oublié Léo Latil mérite bien un hommage.

Il naquit à Aix-en-Provence, dans une véritable dynastie de médecins, côtés maternel et paternel. Les Latil sont médecins de pères en fils, sur plusieurs générations ; et Victor Latil (1854-1925), le père de Léo, était un médecin réputé de l'Hôtel-Dieu de la ville. Quant à sa femme Pauline Silbert (1855-1897), elle était elle-même fille de médecin. Elle mourut à quarante-deux ans après avoir donné naissance à cinq enfants, trois fils et deux filles ; outre Léopold, né en 1890, il y eut Joseph, né en 1886, Marie, née en 1889, Jeanne, née en 1892 et Jean, né en 1895. Malgré la perte maternelle, Léo grandit au sein d’une atmosphère familiale aimante. Élève brillant, issu d’une famille d’intellectuels, il fit des études de philosophie et de droit. Il préparait d’ailleurs l'agrégation de droit avant le grand bouleversement de 1914.

Il est difficile de dater exactement l’écriture des premiers vers et textes en prose de Léo Latil ; mais on sait qu'il fut très tôt introduit à la poésie. Par l’intermédiaire du compositeur Darius Milhaud (le père de Léo était le médecin de famille des Milhaud — Latil et Milhaud étaient inséparables), il avait été présenté à Francis Jammes, qu’il admirait. A l'origine de cette rencontre, une lettre de Latil à Milhaud de décembre 1910, dans laquelle il évoque un texte de Jammes qu’il aimait particulièrement, « La Brebis égarée ». Milhaud avait voulu en tirer un opéra, et les deux amis s’étaient ensuite rendus chez Jammes pour lui présenter ce travail. Jammes devint probablement une figure de mentor, et un ami — il faut aussi rappeler l’indulgence particulière de Jammes à l’égard des écrivains dits « débutants » et/ou considérés mineurs, qu’il n’hésitait pas à prendre sous son aile. Sans doute Léo lui présenta-t-il quelques textes de sa main ; cette rencontre fut peut-être la confirmation d’une vocation poétique. Quoi qu’il en soit, les poèmes et textes rassemblés dans l'unique recueil de Latil sont datés entre 1910 et 1914. Peu avant que la Guerre n’éclate, Latil séjournait de nouveau à Orthez. Preuve du lien qui unissait les deux poètes, le maître et le disciple : le 21 octobre 1915, Jammes publia un très bel hommage à son protégé, dans La Croix. « Il était, entre les plus jeunes poètes, encore peu connus, celui que je préférais pour son âme sainte, son oubli de soi-même, cette angélique douceur, cette modestie, ce goût des choses éternelles qui, bientôt, auraient fait de lui un apôtre. C'est un lys qu'un ange a cueilli sur le champ de bataille, où il fut présent, le plus tôt possible, après la mobilisation, renversant, pour s'y rendre, tous les obstacles que lui opposaient son apparence délicate et l'avis des médecins... ».

Réformé, jugé trop frêle et trop chétif, Léo Latil aurait pu rester calfeutré à Orthez, dans la quiétude de ce paradis de forêts et de lacs. Il y aurait poursuivi l’écriture de ses poèmes, se perfectionnant auprès de Jammes et des écrivains que ce dernier recevait fréquemment. Mais il voulut s’engager, refusant de contempler sans agir les ruines de son pays. Dès le 2 novembre, il était dans le train, incorporé au 159e régiment, écrivant déjà à son père, alors qu’il se rendait à la mort, combien il trouvait l’aube « charmante », et la vallée « magnifique » ; car, comme beaucoup de ses compagnons d’armes, il s’était engagé dans la guerre avec enthousiasme. « Tous nos camarades de vingt ans partent volontaires », écrivit-il, empli de fierté. « Sous-officier d’une rare bravoure », était-il inscrit sur sa citation à l'ordre. Partout, son courage, son sens du sacrifice, son exceptionnelle volonté furent salués. Il voyait la beauté en toutes choses ; ses déambulations de soldat furent comme une occasion renouvelée de célébrer cette nature qu’il aimait tant, dont il parlait toujours avec tant d’attachement. Léo semblait tout supporter, aidé par le grand rêve du triomphe de la France, aidé par sa Foi, aussi, intransigeante et absolue (« J’aime cette solitude un peu amère, ces mortifications physiques continuelles et ces dispositions de l’âme épurée, toujours prête à prier »), et par les heureuses perspectives d'un retour tant espéré auprès de sa famille. La poésie telle qu’il la concevait avant la guerre était depuis longtemps derrière lui. Sous une forme différente, elle l’accompagnait pourtant toujours, et ce jusqu’au jour de sa mort ; il ne manqua pas une occasion d’écrire de sa plume douce et recueillie, tout comme lorsqu'il écrivait, en décembre 1911, « Ma tendresse se traine sur toutes les choses ». L’un de ses bonheurs de soldat fut, ainsi, d’entendre chanter les alouettes, et de cueillir du muguet. Ses lettres sont une ode à l’élévation spirituelle, un perpétuel chant d’espérance ; le réel, les atrocités de la guerre finissent par en être balayés. Il écrivait être heureux, tenir bon, résister, une « affaire d’énergie, de résistance morale plus que de force physique ». Peu de détails macabres ; il faut le lire se réjouir de voir les prunes mûrir, de contempler les vallées « touffues de pommiers », de dormir au clair de lune sur un lit de feuilles mortes. Et, toujours, il fallait garder le regard fixé sur « le ciel étoilé et les constellations », pour éviter de le baisser sur les cadavres qui l’entouraient. On a évoqué Maurice Barrès, qui, lui aussi, fut séduit par le jeune poète Latil, ce « jeune frère de Maurice de Guérin, mais pur » (!) (lettre à un ami), et qui lui consacra plusieurs pages dans Les diverses familles spirituelles de la France (1917) : « Je ne connais pas de poésies pastorales plus limpides, plus transparentes que ces lettres où l’on voit passer soudain le lièvre de Cowper et les perdrix de Francis Jammes », confie-t-il au sujet des lettres de guerre de Léo. Et, pourtant, Latil ne nia jamais vraiment la violence des assauts. (De la même façon, on trouve dans les poèmes d'une grande délicatesse, écrits avant la guerre, autant de mentions de « tendresse », que de « tristesse », les deux n'étant jamais inconciliables. « Pour nous satisfaire, ô ma tendresse/La mort seule est assez belle.») Et puis, bien sûr, ces lettres se voulaient avant tout rassurantes pour ses proches. Mais Léo reste lucide. « L’heure est grave », écrivait-il peu avant de mourir. « Je le sens. » Cependant, « pour supporter sans découragement, sans lâche tristesse, la vie qui nous est imposée, il faut s’efforcer de vivre comme un saint. »

Le 27 septembre 1915, il refusa de se laisser évacuer après avoir été gravement blessé. Une nouvelle attaque le soir-même contre la tranchée de Lubeck, au nord de la ville de Souain, lui fut fatale. Et voilà ce pur esprit tué sur le coup, d’une balle dans le cœur. Le jour de sa mort, fidèle à ses habitudes, il avait écrit une ultime lettre rassurante à sa famille : « Très belle offensive. Je vais très bien. Nous avons avancé, nous avancerons encore ; il le faut. Très tendrement à vous tous. »



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Choix de textes et de poèmes


V

pour D.M.


« Mon ami »

Il pleut doucement sur les toits de la ville,

Les tuiles jaunes sont luisantes et les choses sont

immobiles.

Je suis si triste, ô mon ami, si triste

que le calme descend dans mon coeur torturé

et qu'une grande sérénité

baigne mon âme nue !

Je sais bien que plus jamais je ne rirai

du rire clair de mon enfance

et que jamais, d'autres regards

adorables

Ne se poseront sur les miens en d'ineffables communions.

Alors, je suis las, infiniment

et je suis si triste, ô mon ami, si triste

que le calme descend dans mon cœur torturé

et qu'une grande sérénité baigne mon âme nue!

Regardez-moi, — je me tais,

Si seul et si petit, je reste sagement tranquille,

mes yeux se ferment

et je respire doucement.

Les choses sont si simples!

Il ne faut pas faire de bruit

De peur d'effaroucher ma tristesse

et la sainte immobilité des choses.

Seulement, il faut que vous compreniez, mon ami,

puisqu'il pleut doucement sur les toits de la ville,

et puisque je suis si triste, si triste,

il faut que vous compreniez que je vais mourir !

Allez trouver la petite fille heureuse et pure

et qui est mon amie,

dites-lui d'apporter les fleurs du froesia que j'aime

Et laissez, mon ami, que j'aime tendrement,

laissez que mon âme ensommeillée meure

enveloppée de ces tendres fleurs.


Aix, 30 avril 1911.



VI (extrait)


La blancheur des narcisses me fait pleurer.


— Je suis triste.

Oui, simplement je suis triste.

Je sens qu'à force d'être insatisfaits

Mes désirs vont mourir.

Ma tendresse se traine sur toutes les choses,

Je voudrais que vous la preniez

Dans vos deux mains.

(...)

Toutes les inquiétudes sont en moi,

Je sens toutes les âmes souffrantes

Et Dieu.

Le parfum des fleurs me fait défaillir,

Ma tendresse est maladive.


(...)

Eternellement gémit

ma tendresse qui se lamente.


Aix, 26 décembre 1911.



VII (extrait)


C'est une fatigue mortelle

Que cette inquiétude éternelle

Et de n'avoir jamais

La paix, simplement la paix.

Et vous comprenez que je me révolte à la longue

— Puisque les hommes sont imbéciles,

N'est-ce pas? je m'en irai des hommes,

Et je mourrai, simplement je mourrai.

La mort seule est assez belle

Pour nous satisfaire, ô ma tendresse,

La mort seule est assez belle.


Aix, 9 avril 1912.



X


S'il fallait dire votre couleur, ô ma tendresse,

Je ne dirais pas que vous êtes verte ou mauve

ou grise,

mais bleue

comme le ciel le matin,

comme la mer,

comme les cahiers d'Eugénie de Guérin,

comme ces ombres qui se traînent sur vous,

vaste mer,

et qui s'exaltent au crépuscule,

vous êtes une exhalaison,

une évaporation,

continuelle, éternelle.


Boulouris, 12 Août 1912.



XI


Chant Marin


Il fait nuit.

La nuit repose sur la vaste mer

Et monte jusqu'au firmament.

Où brillent des paquets d'étoiles.

On entend le bruit de la mer

Comme un grand froissement,

Comme une aspiration continuelle

Qui ne retombe jamais,

Qui ne s'apaise jamais.

On entend le clapotement d'une vague

Et l'écroulement, l'éboulement, la chute d'une autre vague,

L'attendrissement de cette autre,

La plainte chuchotée de cette autre,

Le glissement doux et le retour de cette autre.

Mais ce n'est pas une vague après une vague,

C'est une vaste rumeur,

Une immense rumeur continuelle

Qui n'a ni commencement, ni fin,

Et qui continue

Comme un homme qui crierait

La bouche ouverte sur une seule note éternellement,

C'est une note immobile,

Un rythme immobile,

Comme la souffrance éternelle des âmes

Et les plaintes amoncelées sur la surface de la terre.

O ce chant

De la vaste mer nocturne,

C'est un accompagnement,

Continu, continuel, sans trêve.

Il faut un chant

Qui éclate brusquement,

Un lied immense — calme — apaisé,

Un chant qui monte vers Dieu du fond de la mer

Et que le vent emporte.

Moi, je chante !


Boulouris, Août 1912



XVI

Pour D.M.

Ma douleur et sa compagne


Quand vous avez laissé dans cette fin du jour les larmes inonder votre visage las, une tempête dans mon cœur s'est levée et je me suis enfui vous abandonnant à la nuit.

Maintenant la vaste mer déroule ses vagues lentes et lourdes et fait monter sa plainte grandissante vers le firmament sombre. Où êtes-vous, solitaire, qui pleurez dans la nuit ?

Sur les flots je vois ma douleur qui se lève au devant de moi, si pâle et penchante et cette autre à ses côtés, sa compagne — si pâle et plus penchée. C'est la douleur de

votre cœur, mon amie. Le vent qui souffle de la terre les pousse et toutes deux cheminent (parmi cette plainte) vers cette étoile embrumée qui flotte à l'horizon si près des flots.


Ah ! Douce nuit.

Marseille, Juillet 1914.



XIII

à la mémoire de Maurice de Guérin.


POÈMES


I


Mon ami — voilà que vous êtes parti. Encore une fois je me retrouve seul avec vous dans mon cœur.

Le soir que je vous ai quitté, le ciel était tout entier recouvert de nuages noirs. Il était aussi noir que les coteaux et s'appuyait sur eux à l'horizon. C'était terrible cette complète obscurité. Le vent soufflait sur la terre continûment, d'une manière égale : il a soufflé toute la nuit. Le lendemain matin le soleil ne s'est pas levé, mais un pauvre jour triste et sitôt que les gens ont commencé à marcher dans les rues, il s'est mis à pleuvoir. Le vent chassait dans le ciel bas les puissants nuages désordonnés et poussait la pluie contre les vitres des maisons. Mais la pluie a été la plus forte et droite et serrée elle est tombée sur la terre cependant que le ciel s'immobilisait. Alors j'ai découvert que le maigre lilas qui pousse dans la cour, contre la maison, était fleuri et les grappes de fleurs mauves, un peu lourdes, printanières, s'inclinaient sous la pluie.

Il a plu la journée entière et seulement ce soir voici le ciel qui se relève et le soleil qui se couche dans une gloire de nuées arrondies. Que le crépuscule est doux et violet. Je suis assis devant ma fenêtre ouverte, les yeux dans le ciel pâle au dessus des toits derrière le grand marronnier immobile.

Je suis triste, ô mon ami, mais sans amertume, et j'ai seulement un grand désir de silence et de paix, de pureté morale et de bonté. Je me sens abandonné des hommes. Il faut avoir pour moi de l'indulgence et du pardon, car je suis votre ami qui suis venu vous trouver et me révéler à vous, autrefois.

Sentez-vous le doux parfum du lilas qui fleurit sous la pluie? Comme le crépuscule est long! Il semble qu'il ne finira jamais ce soir. Il traine dans le ciel et sa pâle clarté

demeure au dessus des toits, parfois le vent anime le feuillage du marronnier qui murmure.

Il fait froid. O mon ami, mon ami, que vous ne m'abandonniez jamais, malgré ma tristesse et ma pauvreté.

II


Pourquoi, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Il fait nuit et le grand vent de la fin de l'hiver souffle. Il siffle dans la cheminée et sous les portes et m'entoure de froid. Dehors il doit secouer les arbres follement, s'élancer dans les rues contournant les maisons et bondir dans les campagnes au dessus des collines et des bruyères mortes.

Pourquoi m'avez vous abandonné, mon amie. Les nuages d'un noir de suie mouvementés et soulevés par endroits, laissant voir le ciel d'un bleu nocturne, s'étendent au dessus des sombres campagnes. Et tout le ciel abaissé se meut sur la terre.

Je vous aime avec mes larmes et je vous donne la douleur de mon cœur.

Que m'importe — que m'importe que vous m'ayez abandonné — ô trop heureuse, trop joyeuse et trop douce, que m'importe! Car si votre amour adoucissait mon cœur

ce soir, je ne sentirais pas mon âme épouvantée emportée sur les ailes du vent dans les sombres campagnes.


III


Il fait un air tiède. Les nuages blancs et mous passent sans bruit au dessus des arbres et le ciel que l'on voit par grands morceaux est un ciel de nuit, mais tout baigné de la clarté lunaire. De temps en temps la Lune resplendit balancée entre les nuages, on voit alors la plaine qui s'étend jusqu'à son lointain horizon bleuâtre et légère. Il fait un air tiède qui souffle également, continûment à mes oreilles et sur mes mains.

Je suis ému comme Alissa dans son jardin pendant cette longue agonie où sous les arbres elle attendait et appelait, ayant soif d'être aimée et d'être consommée.

Amour, ô Amour du ciel laiteux et des campagnes bleues et de tous les cœurs endormis dans la nuit chaude, je vous désire avec des larmes et je vous veux. Ce soir mon orgueil m'abandonne. Je suis dans l'attente et l'appelle : « Est-ce vous mon amie délaissée qui vous plaignez encore? » Je veux partir, partir de cette solitude où je meurs et m'élancer vers l'univers si beau où chaque âme est différente et plus belle.

Les douces étoiles me sont très amies. Les arbres sont animés d'une rumeur confuse dans l'air nocturne.

Oh! Mon Dieu, je voudrais aimer passionnément, aimer jusqu'à mourir d'amour!


IV


Nous sommes aux portes du printemps, voici la merveilleuse nuit si douce appesantie sur les campagnes. Oh! campagnes que vous vous étendez mollement — inclinées au devant de moi — soulevées par les collines et cheminant jusqu'au lointain horizon courbe, vers les dernières clartés du jour.

Nous sommes aux portes du printemps, la terre humide des labours, la jeune herbe des blés, le trèfle, la luzerne et les fleurs endormies exhalent leur parfum. La terre douce, meuble et mouillée, sillonnée par le murmure des eaux, animée par le murmure des eaux et par le chant confus des grillons, s'étend sous le firmament des étoiles.

Je suis au milieu des campagnes, arrêté, debout, les yeux fermés pour m'abandonner mieux à la nuit. Mon cœur est animé d'amour. La source des larmes et des prières s'ouvre dans mon cœur. Je voudrais parler et que ma voix s'entende et soit portée comme une chose vivante au-dessus du murmure des eaux. Je voudrais chanter l'amour de mon cœur

et répéter souvent le nom de mon amie. Mais qui est mon amie, qui est mon amie? où êtes

vous, merveilleuse et si douce, qui m'aimerez, vous inclinant, devant moi, et qui me donnerez votre cœur pour enrichir le mien et votre douleur — où êtes-vous ? —

je ne sais pas le nom de mon amie et je dirai seulement « amour, ô amour! tristesse amère. »

Tout cela, la douceur de cette terre chaude et ces étoiles, cette longue nuit calme — c'est le printemps. Nous sommes aux portes du printemps. Le silence est aussi vaste que la nuit. Maintenant commence à chanter son chant grave et pur, le rossignol.


Aix, 1913.


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