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La maison d’édition allemande persona verlag fête ses quarante ans

Dernière mise à jour : 16 déc. 2023


Anthologia célèbre aujourd’hui la maison d’édition allemande persona verlag, à l’occasion des quarante ans de sa fondation.



Depuis quarante ans, persona verlag, maison d’édition allemande dont le siège se trouve à Mannheim, s’est spécialisée dans la publication de textes marqués par l’exil. Elle sonde la question de l’identité des écrivains apatrides, et permet aux lecteurs d’apprécier la qualité de ces plumes oubliées. A l’origine, persona verlag avait pour objectif de faire découvrir des textes méconnus ou oubliés d’exilés allemands et autrichiens pendant la montée en puissance du régime hitlérien, à l’aube de la seconde guerre mondiale.

Aux manettes de persona verlag, une femme : Lisette Buchholz. Spécialiste du monde slave, elle a sillonné l’Europe de l’Est et l’URSS dans les années 70-80, et partout y a trouvé le souvenir douloureux des crimes des SS et de la Wehrmacht. De tels témoignages l’ont durablement marquée, l'incitant ainsi à partir en quête d’écrits d’exilés. L’idée de cette recherche de textes méconnus, oubliés, voire jamais publiés, d’écrivains ayant fui le nazisme, a conduit à la création de persona verlag en 1983. Lisette Buchholz n’a pas ménagé son temps ni son énergie, fouillant dans les archives et les correspondances, recherchant les traces des survivants éventuels, agrandissant progressivement son périmètre de recherche. C’est aujourd’hui à dix langues différentes que se sont confrontés les différents traducteurs de la maison. 

Le premier livre de persona fut le roman Manja d’Anna Gmeyner (1902-1991), publié en 1938 à Amsterdam. Anna Gmeyner, née à Vienne en 1902, appartenant à l’avant-garde littéraire des années 30, bénéficiait d’un succès certain avant de devoir prendre la route de l’exil pour l’Angleterre en 1933. Depuis, ce sont les exils en Hollande, au Danemark, en Finlande, en Suède, en Yougoslavie, et bien au-delà qu’explore l’éditrice : le champ couvert par ces récits d’exilés s’étend du cercle arctique au Sinaï. On y trouve aussi des auteurs russes, tel Mikhaïl Kozyrev, né en 1892, dont les écrits ont quasiment disparu entre 1930 et 1991 et qui mourut dans les geôles soviétiques en 1941. Le cinquième voyage de Gulliver (1936, mais seulement publié en 1991) est ici traduit en allemand par Michael Düring.

La France n’est pas oubliée, tant dans un registre grave, comme chez l’écrivain Rachid Benzine, que dans celui, linguistique et espiègle, de Philippe Delerm. De ce dernier, c’est Je vais passer pour un vieux con. Et autres petites phrases qui en disent long (2012) que Sonja Finck a traduit pour les éditions persona verlag. Des petites phrases toutes faites répertoriées par Delerm, c’est une autre, plus neutre, qui a été retenue pour le titre allemand : « Attention, l'assiette est très chaude ». La traductrice a en effet choisi d’intituler le recueil : Vorsicht, der Teller ist heiß! Phrasen für alle Lebenslagen (2013).

Au fil des décennies, d'autres thèmes se sont greffés sur celui de l’exil. L’ouvrage Kriegs/Läufe d‘Anna Rheinsberg s’attache par exemple à faire redécouvrir trois poétesses méconnues des années 1920, Emmy Ball-Hennings, Claire Goll et Else Rüthel. Anna Rheinsberg, qui a en partage avec son éditrice l’intérêt pour les thématiques de l’exil et de la résistance, a d’ailleurs écrit une thèse sur l’écrivaine et poétesse franco-allemande Claire Goll (née  en Allemagne en 1891, morte à Paris en 1977. Elle fut l'épouse du poète Yvan Goll).

  Souhaitons un joyeux anniversaire à cette jolie maison d’édition, qui, ne reculant pas devant la diversité des genres — romans, nouvelles, satires, essais, poésie, correspondances, écrits de l’intime —, n’a jamais cédé à la facilité. Avec persévérance, depuis 1983, Lisette Buchholz donne la priorité à la qualité de la langue et de l’écriture et n’écoute pas les sirènes de la tentation des « bestsellers » qui pourraient pourtant lui apporter une utile médiatisation. Ces choix enthousiastes et qualitatifs méritent d'être connus, tout comme doit être saluée la conviction de Lisette Buchholz selon laquelle les livres peuvent apporter consolation, courage et joie en temps de guerre ou tout simplement par temps de crises, collective ou personnelle.


A deux reprises, et à une dizaine d’années d’intervalle, en 2001 et 2012, persona verlag a reçu le prix national du Baden-Württemberg, qui récompense les petits éditeurs faisant des choix littéraires courageux. 



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