Poème du jour : "Musicienne du silence", par Edmond GojonIrène de Palacioil y a 10 minutes1 min de lectureOdilon Redon, Silence (c. 1911)Musicienne du silenceEdmond Gojon, Le Visage penché (1910)Comme une harpe aux douces cordesFaite à des hymnes de féerie,Tes fines mains d'abbesse accordent Ton métier à tapisserie. Pour de vives gammes de choix,Les teintes donnent leurs valeurs.Quand tu fais s'égarer tes doigtsSur cette harpe de couleurs. Et je crois entendre, illusoire,Le chant des anges et des âmesQuand ta main, plus pâle qu'ivoire, Eblouit les fils de la trame. Voletant en gestes hardis, Tes mains aux longs doigts puérilsSont deux oiseaux du ParadisPris dans cette cage de fils.Et, tandis que tu me récites,Sur cette harpe de légendeLe conte de BrocéliandeOu de la reine Marguerite,Quand tu fais, à l'oeil ébloui,Courir avec tes mains de fleurs,Sur cet instrument inouï,Tout un arpège de couleurs,Quand, parmi les fils de la trameQue pince ton peigne de corne,Tu mêles la suite des DamesAu blanc cortège des Licornes,Quand tu fais, chromatiquement,Sonner sous ton médiatorLes notes de sinople et d'orDe cet angélique instrument,Pris d'une rêverie immense,J'écoute, lointaine et féerique,La silencieuse musiqueDe cette harpe de silence.