

Irène de Palacio
4 déc. 2025



Dernière mise à jour : 12 avr. 2021

À Monsieur Théodore de Banville.
14 juillet 1871
Monsieur et cher Maître,
Vous rappelez-vous avoir reçu de province, en juin 1870, cent ou cent cinquante hexamètres mythologiques intitulés Credo in unam ? Vous fûtes assez bon pour répondre ! C'est le même imbécile qui vous envoie les vers ci-dessus, signés Alcide Bava. — Pardon. J'ai dix huit ans. — J'aimerai toujours les vers de Banville. L'an passé je n'avais que dix-sept ans ! Ai-je progressé ?
ALCIDE BAVA.
A. R.
Commentaire
"On a défini à juste titre Ce qu'on dit au Poète à propos de fleurs comme une sorte d'Art poétique. Dans la première partie (sections I, II, III), Alcide Bava dresse un réquisitoire contre une poétique périmée. Il exprime sa lassitude à l'égard d'un lyrisme floral utilisant "toujours" (l'adverbe est répété cinq fois : v.1, 16, 17, 37, 41) les mêmes images : les roses pleuvant en neige, v.29 ; la blancheur des lys, v.13-16 ; les Açokas et autres fleurs exotiques, v.45 ; etc.
Comme Rimbaud dans la lettre à Demeny du 15 mai 1871, mais sans les nommer, en se contentant de les dénoncer au lecteur par le jeu des allusions impertinentes, de la parodie, de la dérision scatologique, il fait le procès des "premiers romantiques" (Lamartine, par exemple, aux v.1, 96) et même des "seconds" (Leconte de Lisle, et surtout Banville).
Mais si Rimbaud et Bava ne font qu'un, on s'en doute, lorsqu'il s'agit de porter la critique contre les conventions du Romantisme, telles qu'on les trouvait encore chez les Parnassiens, cette identité se fissure quand, dans la seconde partie du texte (sections IV et V), Bava entreprend d'édicter pour les poètes une doctrine alternative, fondée sur l'adaptation aux valeurs de la société bourgeoise. En effet, ce manifeste assez désopilant de poésie utilitariste tourne vite à la bouffonnerie, voire à l'absurde, faisant soupçonner une certaine duplicité de la part de l'auteur.
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