

Irène de Palacio
4 déc. 2025




Catulle Mendès / Charles Guérin
"Cœur solitaire qui pleure aux funérailles d’Eros, l’angoisse et le désespoir aussi, tragiques peut-être, de M. Charles Guérin, se rassérènent de leur reflet dans les mélancolies de la nature. En se dressant, pour le blasphème, en se courbant, dans une humilité de désolation, il considéra les choses éternelles, souffrantes comme lui sans doute. Qui saura les tourments des arbres dans les vents tortureurs, et de la mer sous la flagellation de l’ouragan, et du ciel que dévorent les nuages, ou l’ancienne défaite de la lune pareille à une pâle plaie de lumière ? Mais ces douleurs, pour nous, se pacifient de mystère et d’immensité. Et l’âme du poète se charma en l’universel apaisement auquel elle se compare, où elle se mire, où elle se mêle. Elle consent, elle aussi, à la vaste et fausse accalmie, en revêt les semblances. Plutôt, elle est devenue cette accalmie elle-même ; et ses violences cruelles s’évanouissent délicieusement dans les cendres bleues et dorées des étoiles, ou dans les rosées de l’embrun. Aucun poète de l’heure actuelle n’achève, à l’égal de Charles Guérin, cette expansion de la souffrance humaine dans la nature, ou cette absorption de la nature par l’humanité, — cette mutualité d’échange entre le verbe de la vie et les existences muettes. De sorte que, avec ses incertitudes de pensée, qui ressemblent à des dispersions de brume, avec ses négligences de rythme, qui font songer à des abandons de saule pleureur, son œuvre apparaît comme le rêve de la nature dans un homme, ou comme un paysage d’âme."
Catulle Mendès, Le Mouvement Poétique Français de 1867 à 1900 (1903)
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