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L'ombre

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L'ombre

Hattonchâtel, 2026

© Irène de Palacio



On voit souvent passer, les yeux très loin, distantes,

Les mères de nos morts ou leurs pâles amantes.

Pour celles-ci, la route est sans but, sans espoir ;

Leurs habits de toujours seront de crêpe noir.


[...]


Elles vont sans grand mots, sans grands pleurs, sans grands gestes,

Vivantes aux coeurs morts, les Françaises qui restent ;

Et dans chaque palais, chaque chaumière, un soir,

A leur soldat elles ont dit : « Fais ton devoir ! »


Elles savaient qu'au jour de la veille des armes,

Il fallait un adieu sans faiblesse et sans larmes.

Elles ont jusqu'au bout bu leur coupe de fiel,

Et maintenant leurs yeux se gardent pour le ciel.


Passant, tu vois briller sur le sein de ces mères

La médaille de gloire au revers de misère !

Aux veuves de vingt ans les cheveux blancs sont beaux,

Et les voiles du deuil ont des plis de drapeau.


Hôpital 75, Vichy, mars 1917.


« Celles qui passent »

Paul Verlet (1890-1922), De la boue sous le ciel, Esquisses d'un blessé (1919)


© Anthologia, 2026. Tous droits réservés.

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