

Irène de Palacio
4 déc. 2025



"Vallon, feuillages enchantés, Il y a des larmes pour la beauté."

Portrait de Cécile Sauvage
© Musée Gassendi (Digne-les-Bains)
Cécile Sauvage (1883-1927), Le Vallon (1913)
Ainsi, voici l'espace où ma vie a tourné,
Ces monts, ces arbres sombres.
C'est pour ces incidents si vains et si légers
Que je sortis des ombres.
Pour cette humble fenêtre où l'azur assoupi
Balance des abeilles,
Pour ces rêves menus dont mon coeur endormi
A caressé ses veilles.
Je n'étais que cela, je ne suis que cela,
Ô ma vie isolée,
Et le temps a choisi d'acheminer mes pas
Au sein de ces vallées.
Adieu le souvenir, adieu toutes saisons
Mauvaises ou joyeuses ;
Le jour passe et je donne aux brises du gazon
Mon âme harmonieuse.
Cécile Sauvage, Le Vallon (1913)
Que voulez-vous, assis sur cette roche dure,
Parmi les amandiers,
Spectre léger vêtu d'une robe si pure
Et le corps replié ?
Êtes-vous là toujours ? J'arrive et votre geste
Ne m'appellera pas.
Êtes-vous le Passé ? Que ne dites-vous : Reste,
En me tendant les bras.
Pourquoi cette attitude immobile et sévère,
Et pourquoi ces yeux clos
Qui semblent regarder à travers la paupière
Et regarder plus haut ?
Vous n'êtes que fumée et le rayon qui passe
Va vous boire en rêvant.
Où suis-je ? que ma vie est dormante et s'efface,
Ô spectre indifférent.
Cécile Sauvage, Le Vallon (1913)
[...]
Vallon, feuillages enchantés,
Il y a des larmes pour la beauté.
Elève-toi, coeur noble et triste :
Le rêve à jamais subsiste
De tout ce qui fuit.
[...]




