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Poème du jour : "Soir d'octobre", par Albert Giraud

il y a 7 heures
2 min de lecture
« Ô troublante beauté de ce qui va finir... »

Alphonse Osbert, La Tombée des feuilles (1905)



Soir d'octobre

Albert Giraud, La Guirlande des dieux, 1910


Ô soirs agonisants d’automne ! Ô bois rouillés

Où dorment des parfums perfides et mouillés !

Ô charme qui fais mal ! Ô poignante amertume

Du soleil trépassé dont la clarté posthume

Rêve dans les marais comme un long souvenir !

Ô troublante beauté de ce qui va finir !

Mystérieux aimant des saisons douloureuses !

Vous m’avez suggéré d’étranges amoureuses

Qui, lentes, deux à deux, et se donnant les mains,

D’une mystique odeur d’invisibles jasmins

Embaumant à jamais le songe de mes songes,

Dans la forêt stellaire et pleine de mensonges,

Voluptueusement passent près de mon cœur.

Voici venir à moi l’inoubliable chœur.

On croirait voir, au fond d’un nocturne prestige,

Des nymphéas en fleur qui glissent sur leur tige,

Dans un ruissellement de lune et d’infini ;

Et leurs grands yeux plaintifs, comme un miroir terni,

Retiennent une aveugle et lointaine lumière.

Voici, voici venir à moi, dans la clairière,

Les princesses d’antan que célébra Villon

Par sa tendre ballade, à travers un sillon

Adorablement bleu de gloire et de légende.

Reines des Iles d’or et de Brocéliande,

Voici venir Yseult, Viviane, et leur voix

Douce et farouche emplit l’âme éparse des bois,

Semblable en sa langueur aux chansons étouffées

Que dans un puits magique exhaleraient des fées.

Leurs simarres de moire, où, pareils à des yeux,

Regardent fixement des bijoux précieux,

Luisent sur le gazon comme un pâle incendie.

Voici, dans un éclair blafard de tragédie,

Spectrales, et gardant, sous les dais triomphaux,

La sinistre rougeur des soudains échafauds

Sur la lividité de leur nuque coupée,

Où l’ironie atroce et froide de l’épée,

Parodiant ainsi leur luxe éblouissant,

Simule un long collier de rubis et de sang,

Les voici, deux à deux, Cenci, Boleyn, Marie

Stuart, à qui la mort a donné pour patrie

Les cœurs silencieux où rêve le passé,

Et Marie-Antoinette, et ce cygne blessé

Qui chante pour toujours dans mon âme, Lamballe

Lys altier brusquement pourpré, rose fatale

Dont le supplice est beau comme un effeuillement,

Qui marche la dernière, et ferme étrangement,

Douce comme un reflet de neige dans les vagues,

A travers la lueur d’opale de ses bagues,

Sous le geste pensif de ses frêles doigts blancs,

Ses yeux surnaturels aux longs regards tremblants,

Qui, dans la nuit première et l’azur plein de voiles,

Avant d’être des yeux ont été des étoiles !

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