Matin, j’ai tout aimé, et j’ai tout trop aimé;À l’heure où les humains vous demandent la forcePour aborder la vie accommodante ou torse,Rendez mon cœur pesant, calme et demi-fermé.
Les humains au réveil ont besoin qu’on les hèle,Mais mon esprit aigu n’a connu que l’excès;Je serais tel qu’eux tous, Matin ! s’il vous plaisaitDe laisser quelquefois se reposer mon zèle.
C’est par mon étendue et mon élan sans freinQue mon être, cherchant ses frères, les dépasse,Et que je suis toujours montante dans l’espaceComme le cri du coq et l’ouragan marin !
L’univers chaque jour fit appel à ma vie,J’ai répondu sans cesse à son désir puissantMais faites qu’en ce jour candide et fleurissantJe demeure sans vœux, sans voix et sans envie.
Atténuez le feu qui trouble ma raison,Que ma sagesse seule agisse sur mon cœur,Et que je ne sois plus cet éternel vainqueurQui, marchant le premier, sans prudence et sans peur,Loin des chemins tracés, des labours, des maisons,Semble un dieu délaissé, debout sur l’horizon…