top of page

Poème du jour : "Intacta virgo", par Louis Legendre

François Bonvin, Nature morte au livre, aux papiers et à l'encrier (1876)



Intacta virgo

Louis Legendre, Le Son d'une âme (1895)


C'est l'heure du travail : la table, l'encrier

Me font signe. C'est bien !... En vaillant ouvrier

Je vais, sans lâcher pied, me battre avec ma tâche.

Porte close, — et tant pis pour l'ami qui s'en fâche !

Comme un drap où coucher l'ouvrage nouveau-né,

J'étale devant moi le papier satiné ;

J'ai bon feu, bon espoir : achevons mon volume.

— Quel scrupule me prend ? — C'est étrange ! — Ma plume

Reste en l'air. — Me voilà tout pensif, regardant

Le feuillet qui m'allait servir de confident.

C'est qu'il est vierge encor !... Ma main s'est reculée

Au moment d'en flétrir la neige immaculée.

L'encre, c'est le péché ! Même pour le talent,

Ecrire, c'est salir ; car sur le papier blanc,

Quand son aile a trempé dans le sombre écritoire,

La plus blanche pensée est une tache noire.



--


A lire aussi, sur Anthologia :


© Anthologia, 2026. Tous droits réservés.

bottom of page