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Poètes et muses : "Le dialogue étoilé" par Adolphe Retté, suivi de quelques vers de James Thomson (B.V.)


Nocturne, l'été.




Le dialogue étoilé

Adolphe Retté, Lumières tranquilles (1901)

A Georges Clémenceau.



LA MUSE


Cette nuit, j'ai voulu t'emmener sous les ormes

Qui jalonnent la route aux talus odorants :

Une ombre tiède et bleue enveloppe leurs formes;

Ils tressaillent selon les rêves du printemps.



LE POÈTE


Arbres dont les rameaux tremblent comme des ailes,

Souffles errant sur la plaine féconde,

Que le rythme divin qui fait vibrer les mondes

Emeuve en nous des cordes fraternelles.



LA MUSE


Je sais, au bois prochain, une douce retraite

Où murmure un ruisseau bordé de violettes,

L'aune et le peuplier frémissent alentour —

Viens-y : je chanterai la nuit et notre amour.



LE POÈTE


Ô Muse, ton beau sein palpite et se dévoile

Et ta bouche est pareille à la rose éclatante...

Mais la vaste rumeur des grands bois m'épouvante.



LA MUSE


Pourtant, tu me suivras si tu veux que je chante.


LE POÈTE


Il ne faut pas hausser la voix sous les étoiles :

Reste assise à mes pieds, contemplons en silence

Algol, Aldébaran, Sirius, Bételgeuse

Et le timide essaim des pâles nébuleuses.



LA MUSE


Ô chênes, ô tilleuls, ô sapins toujours verts,

Frondaisons où la brise danse,

Dites-lui quels rayons s'infiltrent à travers

Le lacis gracieux des viornes et des branches,

Révélez-lui les vers luisants sur les pervenches,

Les lointains veloutés, les calmes clairières

Où des bouleaux d'argent se mirent dans les sources,

Apprenez-lui qu'aux daims qui suspendent leur course La lune donne une ramure de lumière

Et que la nuit se revêt d'or au bois sacré.



LE POÈTE


Quoi, les taillis s'embrassent, quoi, je verrai

Des lueurs se jouer sur un tapis de mousse

Et des astres fleurir parmi les jeunes pousses ?



LA MUSE


Mainte comète à la chevelure vermeille

Te prendra pour amant.



LE POÈTE


Mais si l'ombre m'attire et m'invite au sommeil ?



LA MUSE


Tu sentiras en toi pénétrer lentement

La profonde douceur des feuillages dormants.



LE POÈTE


Et cette fête, enfin, sauras-tu l'exalter ?



LA MUSE


Va, mes chants contiendront tout le ciel étoilé.




The Poet and his Muse

James Thomson ("B.V."), A voice from the Nile, and other poems (1884)


I sighed unto my Muse, "O gentle Muse,

Would you but come and kiss my aching brow,

And thus a little life and joy infuse

Into my brain and heart so weary now;

Into my heart so sad with emptiness

Even when unafflicted by the stress

Of all our kind's poor life;

Into my brain so feeble and so listless,

Crushed down by burthens of dark thought resistless

Of all our want and woe and unresulting strife.


"Would you but come and kiss me on the brow.

Would you but kiss me on the pallid lips

That have so many years been songless now.

And on the eyes involved in drear eclipse;

That thus the barren brain long overwrought

Might yield again some blossoms of glad thought.

And the long-mute lips sing,

And the long-arid eyes grow moist and tender

With some new vision of the ancient splendour

Of beauty and delight that lives in everything.

"Would you but kiss me on the silent lips

And teach them thus to sing some new sweet song;

Would you but kiss my eyes from their eclipse

With some new tale of old-world right and wrong:

Some song of love and joy or tender grief

Whose sweetness is its own divine relief,

Whose joy is golden bliss;

Some solemn and impassioned antique story

Where love against dark doom burns out in glory,

Where life is freely staked to win one mutual kiss.


"Would you but sing to me some new dear song

Of love in bliss or bale alike supreme;

Some story of our old-world right and wrong

With noble passion burning through the theme:

What though the story be of darkest doom,

If loyal spirits shining through its gloom

Throb to us from afar?

What though the song with heavy sorrows languish.

If loving hearts pulse to us through its anguish?

Is not the whole black night enriched by one pure star?"


[...]

February, 1882.

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