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Volney : Le culte allégorique du soleil

Dernière mise à jour : 16 août 2023


Akhenaton, Nefertiti, et trois de leurs filles sous les rayons du Dieu Aton

(14ème siècle av. JC)



M. Volney

Les ruines

ou Méditation sur les révolutions des empires

(1789)




« Depuis que les Assyriens avaient détruit le Royaume de Samarie, des esprits judicieux, prévoyant la même destinée pour Jérusalem, n'avaient cessé de l'annoncer, de le prédire ; et ces prédictions avaient toutes eu ce caractère particulier, d'être terminées par des voeux de rétablissement et de régénération, énoncés sous la forme de prophéties : les hiérophantes, dans leur enthousiasme, avaient peint un roi libérateur qui devait rétablir la nation dans son ancienne gloire ; le peuple hébreu devait redevenir un peuple puissant, conquérant, et Jérusalem la capitale d'un empire étendu sur tout l'univers. (...)


D'autre part, les traditions sacrées et mythologiques des temps antérieurs avaient répandu dans toute l'Asie un dogme parfaitement analogue. On n'y parlait que d'un grand médiateur, d'un juge final, d'un sauveur futur, qui, roi, dieu conquérant et législateur, devait ramener l'âge d'or sur la terre, la délivrer de l'empire du mal, et rendre aux hommes le règne du bien, la paix et le bonheur.


Ces idées occupaient d'autant plus les peuples, qu'ils y trouvaient des consolations de l'état funeste et des maux réels où les avaient plongés les dévastations successives des conquêtes et des conquérants , et le barbare despotisme de leurs gouvernements. Cette conformité entre les oracles des nations et ceux des prophètes, excita l'attention des Juifs ; et sans doute les prophètes avaient eu l'art de calquer leurs tableaux sur le style et le génie des livres sacrés employés aux mystères païens : c'était donc en Judée une attente générale que celle du grand envoyé, du sauveur final, lorsqu'une circonstance singulière vint déterminer l'époque de sa venue.


II était écrit dans les livres sacrés des Perse et des Kaldéens, que le monde, composé d'une révolution totale de douze mille, était partagé en deux révolutions partielles, dont l'une, âge et règne du bien, se terminait au bout de six mille, et l'autre, âge et règne du mal, se terminait au bout de six autres mille.


« Par ces récits, les premiers auteurs avaient entendu la révolution annuelle du grand orbe céleste appelé le monde (révolution composée de douze mois ou signes, divisés chacun en mille parties) et les deux périodes systématiques de l'hiver et de l'été, composée chacune également de six mille. Ces expressions, toutes équivoques, ayant été mal expliquées , et ayant reçu un sens absolu et moral au lieu de leur sens physique et astrologique, il arriva que le monde annuel fut pris pour un monde séculaire, les mille de temps pour des mille d'années ; et supposant , d'après les faits, que l'on vivait dans l'âge du malheur, on en inféra qu'il devait finir au bout de six mille ans prétendus.


« Or , dans les calculs admis par les Juifs, on commençait à compter près de six mille ans depuis la création ( fictive ) du monde. Cette coïncidence produisit de la fermentation dans les esprits. On ne s'occupa plus que d'une fin prochaine ; on interrogea les hiérophantes et leurs livres mystiques, qui en assignèrent divers termes; on attendit le réparateur; à force d'en parler, quelqu'un dit l'avoir vu, ou même un individu exalté crut l'être et se fit des partisans, lesquels privés de leur chef par un incident vrai sans doute, mais passé obscurément, donnèrent lieu, par leurs récits, à une rumeur graduellement organisée en histoire : sur ce premier canevas établi, toutes les circonstances des traditions mythologiques vinrent bientôt se placer, et il en résulta un système authentique et complet, dont il ne fut plus permis de douter.


« Elles portaient, ces traditions mythologiques : « Que dans l'origine, une femme et un homme « avaient, par leur chute, introduit dans le monde le mal et le péché. « Et par-là elles indiquaient le fait astronomique de la vierge céleste et de l'homme bouvier (Bootes), qui, en se couchant héliaquement à l'équinoxe d'automne, livraient le ciel aux constellations de l'hiver, et semblaient, en tombant sous l'horizon, introduire dans le monde le génie du mal, Ahrimanes, figuré par la constellation du serpent.


« Elles portaient, ces traditions : « Qu'une femme avait entraîné, séduit l'homme. » « Et en effet, la vierge se couchant la première semble entraîner à sa suite le bouvier. « Que la femme l'avait tenté en lui présentant « des fruits beaux à voir et bons à manger ; qui « donnaient la science du bien et du mal. « Et en effet , la vierge tient en main une branche de fruits qu'elle semble étendre vers le bouvier ; et le rameau, emblème de l'automne, placé dans le tableau de Mithra sur la frontière de l'hiver et de l'été, semble ouvrir la porte et donner la science, la clé du bien et du mal.


« Elles portaient : « Que ce couple avait été « chassé du jardin céleste, et qu'un chérubin à l'épée flamboyante avait été placé devant la porte pour « le garder. » Et en effet , quand la vierge et le bouvier tombent sous l'horizon du couchant, Persée monte de l'autre côté, et, l'épée à la main, ce génie semble les chasser du ciel de l'été, jardin et règne des fruits et des fleurs.


« Elles portaient : « Que de cette vierge devait « naître, sortir un rejeton, un enfant qui écraserait « la tête du serpent, et délivrerait le monde du « péché. » « Et par-là elles désignaient le soleil, qui, à l'époque du solstice à d'hiver, au moment précis où les mages des Perses tiraient l'horoscope de la nouvelle année, se trouvait placé dans le sein de la vierge, en lever héliaque à l'horizon oriental, et qui, à ce titre, était figuré dans leurs tableaux astrologiques sous la forme d'un enfant allaité par une vierge chaste, et devenait ensuite, à l'équinoxe du printemps, le bélier ou l'agneau, vainqueur de la constellation du serpent, qui disparaissait des cieux.


« Elles portaient: « Que, dans son enfance, ce a réparateur de nature divine ou céleste vivrait « abaissé, humble, obscur, indigent. » « Et cela, parce que le soleil d'hiver est abaisse sous l'horizon, et que cette période première de ses quatre âges ou saisons, est un temps d'obscurité, de disette, de jeûne, de privations.


« Elles portaient : « Que, mis à mort par des « méchants, il était ressuscité glorieusement; qu'il « était remonté des enfers aux cieux, où il régnerait éternellement. » « Et par-là elles retraçaient la vie du soleil, qui, terminant sa carrière au solstice d'hiver, lorsque dominaient Typhon et les anges rebelles, semblait être mis à mort par eux; mais qui, bientôt après, renaissait, résurgeait dans la voûte des cieux , où il est encore.


« Enfin ces traditions, citant jusqu'à ses noms astrologiques et mystérieux, disaient qu'il s'appelait tantôt Chris, c'est-à-dire le conservateur; et voilà ce dont vous, Indiens, avez fait votre dieu Chrisen ou Chris-na ; et vous, chrétiens, Grecs et Occidentaux, votre Cris-tos, fils de Marie ; et tantôt, qu'il s'appelait Yes, par la réunion de trois lettres, lesquelles, en valeur numérale, formaient le nombre 608, l'une des périodes solaires : et voilà, ô Européens ! le nom qui, avec la finale latine, est devenu votre Ies-us ou Jésus, nom ancien et cabalistique attribué au jeune Bacchus, fils clandestin (nocturne) de la vierge Minerve, lequel, dans toute l'histoire de sa vie et même de sa mort, retrace l'histoire du dieu des chrétiens, c'est-à-dire de l'astre du jour dont ils sont tous les deux l'emblème. »


(...)"



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